EXTRAIT DE LEGENDIA: LA REINE DES MONDES 2

 

La Reine des Mondes II

 

-        Je t’en prie, Kîllianâ… fais un effort… laisse-moi venir dans ta chambre cette nuit.

-        Ce que tu peux être têtu, Ekrât. Dans une heure, je serai sur ma couche, mais sans toi…

-        Mais avec qui, alors, dis, avec qui ?

-        Mais, tu n’as pas à le savoir Ekrât, ce n’est pas le choix qui me manque, et puis je fais ce que je veux. Je t’ai accordé cette promenade en forêt… Profites-en et n’en demande pas plus. N’es-tu pas heureux d’être avec moi, toi qui dis m’aimer tant…

-        Bien sûr Kîllianâ, mais je suis… comment dirais-je…

-        … jaloux ?

-        Oui, je suis jaloux, voilà…

 

 

 

-        Et jaloux est un bien « petit mot » , tu es fou de jalousie tu veux dire. Tu es comme les autres. Crois-tu qu’il n’y ait que toi qui le sois ? Et cela me plaît, à un point que tu ne peux imaginer…

-        Mais, mon Amour, aies pitié de moi, je t’aime tant… Je ferai tout pour toi .

-        Mais crois-tu être le seul dans ce cas ? Il y a des tas de gens qui m’aiment ! Des hommes et des femmes ! Mais cela ne me suffit pas… j’en veux encore et encore… Je ne serai jamais rassasiée… Peux-tu comprendre cela : je ne serai jamais rassasiée et j’en veux toujours plus !

-        Mais moi alors, que suis-je là-dedans ?

-        Comment qu’est-ce que tu es ? Mais tu es mon amoureux !

 

 

-        Ton amoureux ! Mais que fais-tu des autres ?

-        Qu’importe les autres ! Il s’agit de toi pour le moment ! C’est de toi, c’est de nous que nous parlons…

-        Mais comment veux-tu que je me concentre sur mon amour pour toi alors qu’il y a les autres.

-        Ce que tu peux être bête parfois, Compositeur. Toi, c’est toi, et les autres, ce sont les autres. Mais il ne peut y avoir « toi » sans « les autres ». Vous ne formez qu’un. Tous les gens qui sont à moi forment un ensemble. Et quelquefois, même souvent, j’extraie un des « membres » de cet ensemble pour l’aimer à part, pour profiter de lui.

-        Pour profiter de lui ?

-        Oui, pour profiter de lui. Considère cela comme un honneur. « Profiter », je l’emploie dans le bon sens. IL n’est pas donné à tout le monde de pouvoir prétendre servir de « profit » à Kîllianâ, la reine de ce côté-ci d’Ailleurs, et bientôt, la Reine des Mondes grâce à toi.

-        Oui, grâce à moi ! Donc, tu n’y arriveras pas toute seule. Tu as besoin de moi. Donc, j’ai mon mot à dire.

-        Pas de chantage, terrien ! Ne le prends pas sur ce ton, je risque de devenir plus cruelle !

-        Cruelle, ne l’es-tu pas déjà ? Faire mourir d’amour et de désir toutes ces femmes et tous ces hommes…

-        Mais je ne les fais pas mourir … je les fais vivre ! Comprends-tu, je les fais vivre ! Ce qu’ils ressentent pour moi est extraordinaire. Ils ne pourraient jamais ressentir un tel désir et un tel amour pour quelqu’un d’autre. Ils ont essayé tu sais… j’en ai congédié : ils me sont toujours revenus en implorant mon pardon. D’ailleurs, c’est le moment que je préfère : quand ils me reviennent, et qu’ils ont peur que je ne les reprenne pas. Oh ! c’est le moment que je préfère. Cela m’excite : je sens que je les domine vraiment, de toute ma beauté, de tout mon érotisme, de toute ma féminité.

-        Et c’est ce que tu vas faire avec moi ?

-        Seulement si tu ne veux plus de moi ?

-        Comment pourrais-je un jour ne plus avoir envie de toi ? Comment ?

-        En agissant ainsi ! Lorsque tu verras que chaque nuit, il y a un homme différent – ou une femme- ou les deux- dans ma couche, tu ne tiendras peut être pas le coup et du voudras partir. Et je te laisserai partir : je ne retiens jamais personne de force, tu sais. 

-        En es-tu bien sûre…

-        Bien sûr que j’en suis sûre. Je parle ici de « force physique ». Jamais je ne retiens quelqu’un contre son gré.

-        Contre son gré… Mais où commence et où finit le « libre arbitre » de chacun dans une pareille situation ?

-        Ah ! C’est bien là la question. Le « libre arbitre », c’est moi, Terrien . Car je suis la plus belle et la plus fascinante. N’en conviens-tu pas ?

 

Le terrien ne répond pas… Des larmes commencent à couler légèrement sur ses jours. Ces yeux sont brillants… brillants à un point extraordinaire ! Il ne répond pas… Non, il ne répond pas, mais des millions d’idées de bousculent dans sa tête.

 

-        Tu penses, ô mon beau Compositeur, mais tu penses à moi . Tu veux te révolter certes, mais tu en reviens toujours à moi. Hi !hi !hi !hi !... cela m’excite ! Physiquement et mentalement. Tu vois, j’ai pris le contrôle de ton cerveau, il est à moi.

-        Non, je résiste encore !

-        Non ! Tu ne résistes pas du tout ! Je le sens, je le sais ! Tu es à moi ! Tu es complètement à moi. Comme cela est excitant.  Tu feras tout ce que je veux, tu seras mon esclave sublime.

-        Sublime… Parce que tu appelles cela l’esclavage sublime ? Qu’y a t-il de sublime là-dedans ?

-        Mais tout ! Et tu le sais ! Absolument tout ! Et tu le sais aussi bien que moi, car tu participes à mon existence, entends-tu ? Tu participes à  mon existence ! Je pourrais certes exister sans toi, mais je n’aurais pas la même puissance. C’est bien cela le « grandiose » de l’affaire !

-        Ce n’est pas possible ! Non, ce n’est pas possible.

-        Ah !ah !ah ! Mais oui, c’est possible . C’est même sûr. C’est la totale réalité. Et il faut que tu en prennes  conscience. Si tu n’en prends pas conscience, cela n’aura pas la même valeur, cela ne voudrait rien dire du tout… ou presque.

-        Ce n’est pas possible…

-        Arrête de répéter bêtement « ce n’est pas possible ». Cela me fait rire… Mets-toi plutôt encore à genoux devant moi : c’est ta place . C’est la place de mon esclave, d’un de mes innombrables esclaves, devrais-je dire. Et toi, tu es mon esclave le plus soumis, que tu le veuilles ou non. Oui, tu es de loin mon esclave le plus soumis. C’est pour cela que tu me plais tant, et c’est pour cela que je vais profiter de toi à fond, dans le sens le plus noble du terme. Car n’oublies pas, ce que j’entreprends, je l’entreprends dans la plus grande des noblesses !
Pour le moment, embrasse mon pied. Commence par mon talon, il est si doux, et ensuite, dans le creux de celui-ci. As-tu vu un galbe aussi beau ?

-        Non…

-        Alors, qu’est-ce que tu attends, embrasses-moi le pied, tu en meurs d’envie. Allez ! Obéis !

-        Le compositeur obéit. Il embrasse les pieds de Kîllianâ, la Reine magique, avec une ferveur désespérée : la ferveur de l’amour et de la passion. Il a essayé de lutter de toutes ses forces, mais en vain. Il a capitulé… complètement… Il est vraiment à elle. Encore plus à présent. Plus qu’un instant en arrière, et beaucoup moins que l’instant qui suivra dans le futur immédiat. Ekrât ne s’appartient plus. Il appartient à Kîllianâ. Il fait partie d’elle. Celle-ci le remarque, mais elle le savait déjà, bien évidemment. Mais ce geste de soumission est pour elle un geste de victoire. Elle le savoure… Elle sourit, triomphante, elle veut que cet instant dure le plus possible, elle cambre ses pieds magnifiques et murmure : «  Tu n’auras droit qu’à mes pieds pendant un bon moment, sais-tu ? C’est déjà un immense honneur que je te les donne à baiser. Tu n’auras d’ailleurs peut être que mes pieds toute ta vie… Ce n’est pas un problème. Fais monter le désir dans ton cerveau. Tu ne m’en aimeras que mieux : c’est cela, oui, continues à pleurer ces larmes d’amour et de désir, ne t’arrête pas … Ne t’arrête jamais… Jamais. Pleure pour moi toute ta vie. Je te domine Ekrât, le compositeur-terrien… C’est cela que je veux. Et sache que tu n’es pas le seul que je domine complètement, mais toi, tu as une saveur particulière…

-        Ô Maîtresse,  je suis à toi… Je sens que je deviens fou…

-        Oui ! Deviens fou pour moi ! Ne te retiens pas de pleurer ! Fou est un mot. Tu ne le deviens pas au sens clinique, rassure-toi. Continue à te soumettre et à m’aimer ainsi. Tu as une heure devant toi. Après j’irai rejoindre quelqu’un d’autre et je lui ferai l’amour toute la nuit. Oui, continue ainsi, je veux prendre toute ta vie, toute ton inspiration, toute ta puissance ! Allez, donne-moi tout ! Ne garde rien pour toi ! Pense à tout à l’heure… Quand ce sera quelqu’un d’autre qui baisera mes pieds fabuleux.

-        Je vais mourir…

-        Non, tu ne vas pas mourir ! Tu vas vivre bien au contraire ! Tu vas vivre ! Je te le garantis ! Je suis la vie ! Je suis la vie ! C’est une certitude grandiose ! … A partir de maintenant, ton inspiration et ta capacité de création ne feront que croître ! C’est magnifique ! C’est le plus beau cadeau que l’on puisse te faire !

-        Oui…

-        Et tu le mérites tant… Tu as tant souffert de ne pas être compris. Toi, ta sensibilité, ta musique, tes poèmes, ton amour des animaux et des enfants. Tu es pur, Ekrât… Je vais vraiment te faire vivre… Je vais te faire devenir fou en effet : fou de vie et de création… Je vais prendre des poses pour toi. Regarde ! Sur ce majestueux tronc d’arbre. Des poses sublimes. Des poses de danseuse… Mes cheveux… Mes jambes… Mes pieds. Je sais que pour toi, les pieds de femme sont « très importants » Des pieds de danseuse à la prodigieuse beauté, parée d’une hallucinante cambrure. Oh ! que c’est beau ! Contemple ! Pour moi aussi, les pieds sont une partie importante du corps de la femme-déesse… Allez ! Ose !

    Contemple ! N’aies pas peur ! N’aies plus honte ! Je suis là pour te donner la vie… La vie-désir… Contemple-moi. Vois : je vais danser maintenant. Dieu que ton cœur bat fort. Que tu trembles… si fort… Tu es vraiment d’une sensibilité incroyable mon tendre compositeur ? Personne d’autre que toi ne comprend aussi bien la beauté féminine. Tu es l’Elu. L’Elu du désir-vie, de la passion-vie… N’est-ce pas la femme qui donne la vie ? Contemple et écoute ce que j’ai à te dire, car ceci est très important. Cela constitue le véritable « grand-secret ». La clé des sontges-réalités que tu dois trouver sur Terre aussi. ET pas seulement sur Ailleurs… Je suis là aussi pour te donner le désir de trouver des Terriennes-déesses. Oui : appelons-les comme cela : des Terriennes-déesses ou des déesses terriennes. Des filles ou des femmes qui comprennent ce que tu ressens en les admirant … Qu’elles peuvent être des incroyables inspiratrices pour toi et pour d’autres… de véritables artistes… Oui, fais comprendre à ces terriennes que vous appelez des « modèles », qu’elles peuvent être de profondes artistes, simplement en dévoilant les beautés somptueuses de leurs corps. Il faut que tu réalises cela. Je sais que tu en trouveras. Ecris à ce sujet. Compose… comme tu ne l’as jamais fait. Travaille ! Pour moi, pour nous, pour elles. Il ne faut pas que tu te cantonnes sur « Ailleurs » mais il faut que tu réalises ce projet sur Terre. Il le faut impérativement. Sache leur parler. Sache les convaincre. Sois patient. Ecris-leur de sublimes poèmes. Ne te mets pas en colère  pour un oui ou pour un non, car tu les effraieras. Du moins celles qui te comprennent, mais qui ne te le montreront pas tout de suite. Crois-moi : ceci est extrêmement important. C’est ta mission première. Cela n’a jamais été réalisé comme toi tu le ressens et que tu désires le faire. Certaines te comprendront, te feront confiance. Ces Terriennes existent. Des Terriennes fières de la beauté de leur corps, fières de le montrer, fières que tu veuilles libérer leur puissance et les servir. C’est la clé : il faut que tu réussisses dans ton entreprise, sinon tu ne seras jamais heureux ! Non, tu ne seras jamais heureux. Je sais qu’il va te falloir beaucoup de courage, mais cherche et trouve. IL le faut !

-        Mais comment réussir ? Comment réaliser sur Terre ce qui se passe sur Ailleurs ?

 

 

Dessins réalisés par Kévin Gelsi d'après un modèle de L.ROYO

-        Ecoute : vois-tu, ton imagination, ton inspiration, ta sensibilité, le fait que tu sois ce que nous appelons un capteur, a fait que tu as réussi à pénétrer ce monde d’Ailleurs. Sur Terre, ils diront que tu l’as inventé de toutes pièces ; mais nous, nous savons bien que tu as tout simplement réussi à trouver le passage. Et bien, c’est de la même manière que tu  réussiras à trouver des reines, des princesses de la forêt, des déesses terriennes. Elles auront quasiment les mêmes qualités, ce qui ne les empêchera pas d’être d’un incroyable érotisme, car l’Erotisme de la femme est une des choses les plus nobles qui existent dans l’Univers. Elle engendre la création, au sens propre comme au sens figuré. Elles aimeront la musique, la poésie, la littérature, l’authenticité. Elles aimeront les animaux et les enfants. Comme toi… et comme nous. C’est ta sensibilité, ton pouvoir de création, ton imagination, ton inspiration qui te feront les trouver. Et à leur tour, elles t’inspireront. Elles t’inspireront très fortement. Et tu composeras et écriras des nouvelles et des poèmes merveilleux pour elles. Et elles seront fières que tu le fasses.
Il ne faut plus que tu aies peur ou honte… Cela n’a que trop duré. Et c’est pour cela que tu ne t’es pas tout à fait réalisé jusqu’à maintenant. Mais, par le pouvoir que je te donne, la capacité de te rendre fou d’amour et de désir pour moi et mes semblables, cela va changer ! Car, maintenant que tu as vu que cela existe réellement sur Ailleurs, tu vas vouloir réaliser cela sur la Terre. Cela va te donner une prodigieuse énergie. Ton piano te sera d’un grand secours.  Car le piano et la Femme sont étroitement liés. Tu le sais depuis tout petit. Tu ne seras plus seul bientôt… Non… Tu ne seras plus seul. Je pense que tu as suffisamment souffert comme cela, de toute cette incompréhension… Et quelque chose me dit que très bientôt, tout cela va changer : pour toi, sur Terre, se présentera d’incroyables opportunités esthétiques et artistiques. Mais il faut que tu réfléchisses bien pour trouver les « bonnes personnes ». Fais appel à ton intuition, mais à ta réflexion aussi.

 

-        Et si je ne les trouve pas ces Terriennes.
-        Je te trouve bien pessimiste,malgré tout ce que je te dis. Toutefois, il est vrai qu’il nous faut tout de même envisager cette triste éventualité. Alors, s’il n’y a plus rien à faire sur Terre, nous t’accueillerons sur Ailleurs « à temps plein », si tu me permets cette expression, et alors là, je te rendrai complètement fou de désir et de vie. Je t’en fais la promesse. Et là, ce sera d’une puissance inouïe, car tu sais que j’adore cela ! D’ailleurs, continue à baiser mon pied, tout en contemplant mon corps nu… Contemple-le, vénère-le, déifie-le. Fais-le complètement et absolument. Tu es à moi ! Et tu trouveras ma jumelle sur Terre…

Patrice Gelsi
Tous droits réservés SACEM 2006

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